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Libérons les emplois de la transition énergétique

Modif.: 04/04/2016

Des alternatives au nucléaire et aux énergies fossiles existent et elles peuvent être créatrices d’emplois. La publication de la Programmation pluriannuelle de l’énergie, qui a malheureusement été repoussée, doit les soutenir. Publiée sur le site web de Libération, le CLER - Réseau pour la transition énergétique, avec France Nature Environnement et le Réseau Action Climat, a rédigé une tribune pour défendre les filières des énergies renouvelables et des économies d’énergie - un gisement d’emplois qui n’attend qu’à être exploité.

Très attendue, la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) devrait être rendue publique dans les prochains jours. Cette feuille de route pour 2023 doit transcrire concrètement les ambitions de la loi de transition énergétique et les engagements pris par François Hollande. Si elle ne contient pas, comme on peut le craindre, de directives fortes en faveur de l’efficacité énergétique et d’une augmentation significative de la production d’énergies renouvelables, elle risque de sceller l’immobilisme d’une France enracinée dans les énergies du passé. De même, si elle n’acte pas une baisse réelle de la puissance nucléaire et des énergies fossiles, elle ne fera pas la place aux alternatives pourtant créatrices d’emplois.

Le débat parlementaire, qui s’est étalé sur plus d’un an, a abouti au vote de la loi sur la transition énergétique et a donné un cap clair : priorité aux économies d’énergie et développement massif des énergies renouvelables. D’après l’analyse du ministère de l’écologie lui-même, ce sont plus de 500 000 emplois qui pourront être créés grâce à elles. Ces filières ne partent pas de rien : l’efficacité énergétique représente 237 000 emplois directs en France et les énergies renouvelables, 84 000. Bien que conséquents, ces chiffres sont en réalité faibles au regard des 400 000 emplois existant d’ores et déjà chez nos voisins allemands dans le seul secteur des énergies renouvelables. 400 000 emplois, c’est précisément le gisement d’emplois qui pourrait être libéré d’ici 2025 pour réussir la rénovation énergétique des logements dans notre pays.

Malgré cet aboutissement et l’importance de l’enjeu en termes d’emplois, le président d’EDF joue sa propre partition et, dans les médias, foule aux pieds la politique énergétique voulue par François Hollande et adoptée démocratiquement. Enlisé dans une production d’électricité issue très majoritairement du nucléaire, l’opérateur national s’apprête à supprimer plusieurs milliers d’emplois d’ici 2018 pour faire face à des difficultés financières. Dans ce contexte, la PPE est pour l’Etat l’occasion d’agir en stratège garant de l’intérêt général plutôt qu’en actionnaire à courte vue. Il doit pour cela réorienter les priorités du groupe énergétique vers les énergies renouvelables, engager la fermeture des premiers réacteurs nucléaires qui atteignent leur fin de vie et organiser, en coordination avec les Régions et tous les acteurs socio-économiques des territoires, le débat qui fait encore défaut à la France sur les mutations et les transitions professionnelles.

Les acteurs de terrain sont déjà en marche : des chaudronniers passent du monde du nucléaire à celui de l’éolien ; des ingénieurs se lancent dans de nouveaux métiers comme celui d’energy manager garant des économies d’énergie dans le secteur tertiaire et industriel ; des groupements d’artisans se constituent pour apporter un service complet et de qualité lors de la rénovation des logements ; des collectivités s’engagent en nombre dans une dynamique de « territoire à énergie positive » ; des citoyens investissent dans des projets de production d’énergies renouvelables…

Toutes ces initiatives sont les prémices des emplois de demain. Elles ne demandent qu’à se développer dans le cadre d’un nouveau modèle énergétique plus sobre, plus équitable, moins polluant, moins soumis aux crises géopolitiques. Cette première PPE doit confirmer, quelques mois après le vote de la loi, que c’est bien vers ce modèle que la France se dirige, pour le plus grand bien de l’économie, de l’emploi et de l’environnement.

- Maryse Arditi, France Nature Environnement
- Anne Bringault , Réseau Action Climat
- Michel Maya, CLER, Réseau pour la transition énergétique

Cette tribune a été publiée sur le site Libération.fr le 1 mars 2016.

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